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LE MUSEE : une aide au passage, Capitaine Keller

Le lieutenant Maurice Keller

 

Les décorations du Capitaine Keller

Au cours de la seconde guerre mondiale, le lieutenant Maurice Keller commandait la section de gendarmerie de Saint-Girons, l'actuelle compagnie. Héros discret de la gendarmerie et de la Résistance, il a disparu dans la nuit et le brouillard d'un hiver allemand, sous l'anonymat du numéro matricule 69 298 et de la tenue rayée des déportés.
Né le 10 septembre 1905 à EPFIG, dans le Bas-Rhin, Maurice Keller rejoint la gendarmerie en 1937 après son service militaire dans les troupes d'Afrique. A sa sortie de l'école d'application des officiers de la gendarmerie à Versailles, il est affecté successivement à CHARTRES, à SAIN-AMAND-MONTROND, à LAPALISSE, dans l'Allier, puis à la tête de la section de gendarmerie de VICHY en juin 1941.

Le 10 novembre 1942, il se voit confier le commandement de la section de SAINT-GIRONS. Poste délicat ; le Couserans, comme toute la frontière des Pyrénées, est sous la surveillance étroite des autorités allemandes et de leurs collaborateurs français. Comme le reste de la population et des administrations, la gendarmerie est divisée ; à une majorité attentiste, s'ajoutent des acharnés de la collaboration, et d'authentiques patriotes malgré tout contraints à la plus grande prudence. Pour un militaire en tenue, membre de la force publique
chargé de veiller à l'exécution des lois, dans un territoire sous occupation étrangère, la marge de manoeuvre est bien faible, et la désobéissance ouverte est généralement vouée à l'échec, à plus forte raison pour un commandant d'unité.
Reste le jeu du chat et de la souris avec l'ennemi, toujours risqué, parfois mortel.
Alsacien, le lieutenant KELLER choisit d'emblée la résistance à l'occupant. Il noue rapidement des contacts avec les résistants locaux, dont il favorise et couvre les entreprises. Il fait prévenir des jeunes gens recherchés pour le Service du Travail Obligatoire, leur permettant de gagner l'Espagne. Il élude et fait traîner les enquêtes sur les filières de passage des Pyrénées, avec d'autant plus d'efficacité qu'il les connaît bien puisqu'il fait partie des réseaux d'évasion. Il a lui-même couvert l'exfiltration, dans sa propre voiture, de deux passeurs du Biros menacés d'arrestation en Avril 1944 ; de même, il a participé de façon déterminante en décembre 1942 aux projets d'évasion du Prince Louis Napoléon et de Roger de SAIVRE, ancien directeur adjoint du cabinet civil du Maréchal PETAIN, tous deux désireux de passer en Espagne. Malgré l'échec de cette tentative, le Prince Napoléon a toujours manifesté une grande reconnaissance au capitaine KELLER, qu'il exercera à travers sa famille.
A plusieurs reprises, le lieutenant KELLER tient directement tête aux Allemands. En janvier 1943, il défend hautement le gendarme DURAND, accusé par les Allemands - à juste titre - d'avoir laissé échapper trois réfractaires au STO confiés à sa garde. De même, lorsque deux chefs de la Résistance de SAINT-GIRONS et CASTILLON sont arrêtés en février 1944, il s'en porte garant avec insistance et finit par obtenir leur libération. Il ira même jusqu'à visiter en prison un jeune résistant d'origine russe, arrêté près de CASTELNAU-DURBAN en octobre 1943 par certains de ses propres gendarmes hostiles aux maquis, pour lui prodiguer des paroles de réconfort dont celui-ci se souviendra à son retour de déportation.
Cette attitude ne peut que valoir au lieutenant KELLER la vindicte de son adversaire principal, le capitaine DREYER qui commande les services de renseignements allemands à SAINT-GIRONS et le surveille étroitement, à l'affût du moindre faux-pas. C'est la période troublée qui suit le débarquement de Normandie qui va fournir aux autorités allemandes le prétexte pour s'en prendre directement à lui.
Dans l'euphorie du débarquement, certains maquis sortent prématurément de l'ombre, ce qui va leur valoir une répression impitoyable. Pour la gendarmerie aussi, la période est difficile. Certaines brigades sont attaquées par les maquisards pour se procurer des armes ou régler des comptes ; ailleurs, de nombreux gendarmes gagnent ouvertement le maquis.
Le 10 juin 1944, des SS de la division "DAS REICH" et des miliciens attaquent le maquis FTP de BETCHAT ; une vague de terreur s'abat sur le COUSERANS. Plus de quarante personnes sont abattues cette seule journée.
Dans le même temps, dans toute la France, les Allemands arrêtent des personnalités-clef de l'administration afin de décourager toute velléité d'insurrection organisée ; à FOIX, le 11 juin, le commandant de la compagnie de l'Ariège, favorable à la Résistance, est arrêté et déporté avec le commissaire des Renseignements Généraux, pourtant fervent Maréchaliste. A SAINT-GIRONS, ce sont le secrétaire général de la sous-préfecture et le principal du collège qui sont emprisonnés.
C'est dans ce contexte que le lieutenant KELLER va être arrêté. Sachant que certains de ses gendarmes vont gagner le maquis, il réunit l'ensemble des personnels dans la cour de la caserne. Ce qu'il leur a dit à ce moment-là, nul ne le sait ; sans doute, malgré ses sentiments personnels, les a-t-il appelés à la prudence, face à un ennemi toujours puissant. Il a pris ses responsabilités de chef, il va le payer : il est arrêté dans la nuit du 10 juin 1944.
Interné à la prison SAINT-MICHEL à TOULOUSE, il est ensuite déporté vers l'Allemagne. Il n'aura le temps que de griffonner un ultime message pour sa famille sur une petite feuille de carnet ; c'est le dernier écrit qui nous reste de lui.
Envoyé au camp de concentration de BUCHENWALD (convoi G du 26 septembre 1944), il est affecté dans un kommando particulièrement dur à LANGENSTEIN, à la construction d'une usine d'aviation souterraine. Entre la moitié et les deux tiers des déportés de ce kommando sont morts à la tâche ; certaines galeries ont coûté 1 mort par mètre, et l'espérance de vie n'y était que de six semaines.
Miné par le froid, la faim et la maladie, le lieutenant KELLER s'éteint le 28 janvier 1945. Il laisse une jeune veuve et deux fils de 3 et 1 ans. Ses cendres reposent, avec celles de plus de 900 de ses compagnons de misère, dans le cimetière de QUEDLINBURG en Allemagne.
Promu capitaine à titre posthume, Maurice KELLER est fait chevalier de la Légion d'Honneur ; il est cité à l'ordre de la Division, et se voit conférer la Croix de guerre 39-45 avec étoile d'argent et la Médaille de la Résistance Française.

 

 

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