Le Capitaine Keller |
Bien chère Madeleine,
Je te fais ce mot dans un wagon de marchandises à la gare Raynal de Toulouse.
Il y fait bien chaud. Nous sommes
bien entassés. Il parait que nous allons quitter Toulouse
ce soir pour Compiègne par Lyon. Nous ne sommes pas prêts
d'arriver. Nous en avons au minimum pour 3 jours si toutefois
nous arriverons. Jusqu'à présent tout allait très bien. Que va me
réserver l'avenir. Je n'en sais rien. Il parait que nous partons pour
travailler. Où je n'en sais rien. Enfin le moral est bon et j 'ai
confiance en Dieu. J’ai beaucoup pensé à vous. J'étais seul dans ma
cellule confortable, mon grand passe-temps était la prière et de penser
à vous et à toute la famille. Je ne demande qu'une chose, en sortir
avec la vie sauve. Peu importe les souffrances il y en a tant qui
souffrent comme moi. J'espère que vous allez tous bien. Avez-vous
été à la montagne ? Cela a dû vous faire du bien surtout à maman. Vous
me manquez beaucoup. Les petits doivent être bien beaux. Embrassez-les
bien. |
Pourvu
que leur papa les retrouve un jour ! C'est la grâce que j'ai
demandée à Dieu par l'intermédiaire de Notre Dame de Lourdes.
Elle exaucera mes prières. J'ai pris beaucoup de bonnes résolutions
pour l'avenir ; pourvu que je puisse les mettre à exécution. Je
vous embrasse bien fort et vous demande pardon pour toutes les peines
que je vous ai faites par mon égoïsme stupide. Que Dieu vous garde
ainsi que tous les nôtres. Mettez un mot à mes pauvres parents pour les
renseigner et soyez gentilles pour eux. Eux aussi je les embrasse bien
fort. Prévenez Mme Grèzes à St Jean de Verges Ariège que son mari est
parti avec moi.
Je vous embrasse tous bien fort. Au revoir, à bientôt.
MAURICE.
Mme Keller Maurice
5, Allée des Soupirs à Saint Girons
Le 30 juillet 1944.
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